Victor LEMOINE
Écrit par LAMY   
30-07-2011
Dernier d'une famille de quatre enfants, Victor Lemoine naît à Delme (Moselle) le 21 octobre 1823.

Dans un milieu familial où la tradition, depuis au moins quatre générations était le jardinage et l'horticulture au service de maisons nobles ou bourgeoises, il partage rapidement l'amour du métier et des plantes.

Après de solides études au collège de Vic-sur-Seille, à quelque 20 km de Delme, il s'oriente vers l'apprentissage ; il choisit alors de voyager pour profiter de l'expérience des maisons les plus réputés. Cette formation se fera en trois étapes :
1. Pépinières Baumann à Bollwiller (Haut-Rhin) : reconnu comme jardinier de grand talent et botaniste émérite, E.A. Baumann lui apprendra la technique de base et toutes les subtilités accumulées par des générations de jardiniers.

C'est durant ces trois années qu'il découvrit également les possibilités de l'hybridation artificielle, activité toute nouvelle dans ces années 1840.
2. Serres Van Houtte de Gand (Belgique) : Louis Van Houtte est considéré comme un des grands botanistes du XIXème siècle. Grand bourgeois ruiné par le décès prématuré de son père, L. Van Houtte s'engage dans une véritable carrière d'aventurier. Après avoir pris part à la révolution belge de 1830, il se voit obligé de quitter son pays et, passionné de géographie et de botanique, s'engage dans un long voyage qui le mènera des îles du Cap vert au fin fond de la forêt amazonienne, d'où il rapportera quantité de plantes nouvelles.

De retour en Belgique, après quelques mois passés comme directeur du jardin botanique de Bruxelles, il crée ses propres établissements horticoles, qui vont rapidement se forger une réputation internationale, et publie sa célèbre "Flore des serres et des jardins de l'Europe", longtemps considérée comme ouvrage de référence en la matière. Grand importateur d'espèces nouvelles et hybrideur de talent, il fut considéré comme modèle par Victor Lemoine, tant en termes de professionnel qu'en termes d'industriel aux méthodes modernes (vente de fleurs et de plantes vertes, engouement pour les vérandas).
3. Pépinières Miellez à Esquernes-lès-Lille (Nord) : c'est le passage dans cet établissement très renommé qui va parfaire son éducation et le décide à créer son propre établissement à Nancy dès 1849.

Il s'établit à Nancy en 1851 rue de l'Hospice, puis rue Gabriel Mouilleron (rue de l'Etang) en face de l'ancienne rotonde du chemin de fer. C'est là qu'il commence à se faire connaître pour ses obtentions uniques.

Le 7 octobre 1857, il épouse à Dieuze (Moselle) Marie Gomien. Trois enfants naissent rapidement de cette union :

- Lucie, l'aînée, naît le 31 août 1858 à Nancy. Elle reste dans la maison familiale jusqu'à son mariage en 1884 avec le pharmacien Emile Coue qui participa dans les années 1880 aux travaux effectués sur l'hypnose et qui mit au point la fameuse méthode d'autosuggestion passée dans le langage courant. Veuve sans enfant, elle meurt en 1954 à l'âge de 96 ans.

- Marie, la seconde, naît le 14 mars 1860. Elle épousera un colonel d'infanterie et décédera, sans enfant en 1917.- -Emile, le fils naît le 11 janvier 1862. Il épouse en 1893 sa cousine Louise Gomien. Il sera le seul des enfants de Victor Lemoine à avoir une descendance. Initié très tôt aux pratiques horticoles, il devient dès 1881 le principal collaborateur de son père.Il continuera les travaux effectués par son père jusqu'à sa mort le 24 octobre 1942.

La famille est pour Victor Lemoine une valeur fondamentale : sa femme et son fils seront toujours auprès de lui dans son travail ; ses filles seront logées dans des maisons proches du domaine familial. L'hommage à sa famille sera une constante au travers des nombreuses créations florales qui portent son nom.
Malgré des débuts difficiles, il ne se contente pas de vendre des végétaux de base, aux débouchés assurés. Il commercialise dès 1852 un pourpier à fleurs doubles qui est traditionnellement considéré comme sa première réussite.

Ses premiers succès commerciaux sont principalement dus à des introductions de plantes tropicales qu'il est souvent le premier à décrire, et un des rares à commercialiser (il ne fait, de ce domaine, que suivre les méthodes de son maître Van Houtte).
Devant le développement considérable de son établissement, il est contraint en 1855 d'acheter de nouveaux terrains pour y installer de nouvelles pépinières. Cette expansion se poursuit jusqu'en 1869. La guerre de 1870 a fortement meurtri la région : après l'annexion de l'Alsace et le découpage de la Lorraine, Nancy se trouve désormais aux portes de l'Allemagne. Les conditions du traité de paix imposent trois années d'occupation de l'est du pays par les troupes prussiennes.
C'est dans ce climat qu'il devient en 1872 conseiller municipal de Nancy où il est nommé à la commission des travaux communaux, chargé de l'entretien et de l'ornementation des promenades et avenues. Il participe de manière active, dans son domaine, au développement de la ville de Nancy (développement des pépinières de la ville, aménagements liés à l'urbanisation).

Membre de nombreuses sociétés horticoles, françaises et internationales, reconnu par l'ensemble de la profession, il meurt à Nancy le 11 décembre 1911 à l'âge de 88 ans.Tout au long d'une carrière qui dura plus de 60 ans, Victor Lemoine a toujours fait preuve d'une grande modestie, d'une patience et d'une persévérance admirables. Il a réussi à conjuguer son travail d'hybrideur et de semeur (à qui il a donné ses lettres de noblesse) avec son activité d'horticulteur (qu'il considéra toujours comme une entreprise industrielle ordinaire). S'il a su s'entourer de gens de valeur (aidé en cela par son fils Emile, qui alliait les qualités du père avec une solide formation scientifique), il n'existe aucun document écrit qui pourrait apporter des informations complémentaires sur ses méthodes de travail. Alors qu'il recevait des visiteurs ou stagiaires du monde entier, il fallut attendre de nombreuses années avant que ne soit reconnu son apport dans le monde de l'hybridation.

C'est le 13 juin 1926 que, suite à une souscription internationale, la Société Centrale d'Horticulture de Nancy lui rendit enfin hommage par l'inauguration d'un monument dans le parc Saint Marie, proche de ses anciens établissements.
Les débuts (1859 – 1870) : Au sortir de son apprentissage et après son installation sur Nancy, il débute ses recherches dans de nombreux domaines, mettant ainsi sur le marché les premiers hybrides : Pourpier (1859) ; Spirea Alba (1862) ; Abutilon (1867) ; Wistaria (1869) : Delphinium, etc.
Cependant, ce sont trois genres particuliers qui vont lui valoir ses premières reconnaissances au niveau national : les pélargoniums, les clématites, les bégonias.
La pleine expansion (1870-1890) : L'essentiel du travail de Victor Lemoine porte, au début de cette seconde période, sur les plantes à massif : les Bégonias, les Pélargoniums, les Glaïeuls, les Montbretias.
Son activité s'élargit à toutes sortes de plantes (Primevères, Phlox, Héliotropes, Pieds-d'alouette, Abutilons, Sauges, Chrysanthèmes…). Et bien sûr les Fuchsias. Il commence également à s'intéresser aux arbustes qui prendront une place prépondérante au terme de cette deuxième période. La gloire (1890 – 1911) :
En 1888, il quitte ses anciens établissements (rue de l'étang) pour des terrains plus vastes (rue du Montet, aujourd'hui avenue du Général Leclerc) ; ces établissements ne disparaîtront qu'en 1963. 

En 1889, marque le début des récompenses dans les expositions internationales : en 1892, il abandonne ses responsabilités publiques (conseil municipal et Société d'horticulture).  En 1890, Victor Lemoine a 67 ans et aspire à plus de calme. Son fils Emile, qui en a 28, est tout à fait à la hauteur pour prendre la relève de l'entreprise. C'est pourtant cette période qui verra l'apparition des plus beaux spécimens de Victor Lemoine.
Les Bégonias, les Glaïeuls nanceianus. Les arbustes à fleurs : les Céanothes, les Clématites, les Deutzias, les Hortensias, les Seringas, les Pivoines, les Lilas.
Les Fuchsias :C'est un des genres le plus travaillé par Victor Lemoine. Au vu des différents catalogues, plus de 400 cultivars ont été créés. Plus de 450 fuchsias différents sont commercialisés dont certains sont encore d'actualité.

Ses travaux commencent en 1855 par des croisements ente le "fuchsia Serratifolia" et le Dominyana (création -1855- de M. Dominy, chef de culture de la maison Veitch). Dominyana = F. Serratifolia x F. Spectabilis. La technique de Victor Lemoine a beaucoup reposé sur ce type d'hybridation : croisement issu d'un hybride avec son père. Ces nouveaux cultivars étaient qualifiés de quarterons.
La plupart des créations ont été logées dans la catégorie des "fuchsias communs". Il connaîtra une grande renommée avec les fuchsias tardifs (à floraison automnale et hivernale). Il introduisit aussi des espèces nouvelles (comme le F. Boliviana) qui ouvrirent de nouvelles perspectives aboutissant à la commercialisation de plusieurs centaines de plantes aux riches qualités ornementales.
Voici quelques unes de ses obtentions de fuchsias :
Tardif (1856) – Victorien Sardou (1861) – Rhoda (1862) – Phénoménal (1869) – Othello (1869) – Lord Byron (1877) – Drame (1880) – Isis (1880) – Gustave Doré (1880) – Flocon de Neige (1884) – La France (1885) – Elysée (1886) – Général Hoche (1886) – Enfant Prodigue (1887) – Prodigy (1887) – Augustin Thierry (1888) – Gladiator (1889) – Dr Topinard (1890) – Thérèse Dupuis (1890) – Monsieur Joule (1890) – Heron (1891) – Bouquet (1893) – Carmen (1893) – Royal Purple (1896) – Alfred Rambaud (1896) – Voltaire (1897) – Racine (1897) – Beranger (1897) – Victor Hugo (1897) – Molière (1897) – Monsieur Thibaut (1898) – Ministre Boucher (1898) – Elsie Vert (1898) – Caledonia (1899) – Dr Foster (1899) – Graf Witte (1899) – Rhombifolia (1900) – Baron de Ketteler (1901) – Adrien Berger (1901) – Isabelle (1901) – Nautilus (1901) – Général Voyron (1901) – Abbé Farges (1901) – Héritage (1902) – Président Gunther (1902) – Molesworth (1903) – Théroigne de Méricourt (1903) – Jeanne d'Arc (1903) – Fascination (1905) – Henri Poincaré (1905) – Phyrne (1905) – Emile de WIldeman (1905) – Jules Daloges (1907) – Eva Boye (1908) – Lord Roberts (1909) – André Le Nostre (1909) – Paul Cambon (1909) – Emile Zola (1910) – Frau Ida Noack (1911) – Rolla (1913) – Phoenix (1913).


Dernière mise à jour : ( 30-07-2011 )